( version d'origine authentique )
72 heures maso de garderie
MARDI : après avoir joué l’équilibriste sur ma mobylette chargée de provisions en bananes et fruits du dragon, je déboule dans la cour intérieure dont l’ambiance a complètement muté. Le silence assourdissant de la veille a été mis en fuite par les rires s’élevant entre les murs immaculés tandis que des cris stridents ricochent joyeusement dans l’oreille. Je suis alors braqué par quelques dizaines de paires d’yeux interrogateurs. Comble du paradoxe, je ne m’étais jamais senti aussi seul – la dernière fois, c’était à 2h du matin en regardant Sadako sortir de mon téléviseur, alors qu’on dépassait allègrement le millier d’enfants au km² … Bientôt, la Maman et le Papa de la maison viendront à ma rescousse et me présenteront chacun des bambins. Un défilé de « Chào anh » s’ensuit telle une procession de fidèles en attente de recevoir l’hostie. Ici, tous les enfants savent bien qu’avant d’apprendre les lettres, il faut apprendre la politesse et la discipline.
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| Une bonne partie de tape ! | A 10 cts le bol, tournée générale ! |
A grands coups de sourires ravageurs et de grimaces brevetées, je passe aussitôt du statut d’inconnu-à-qui-on-n’ose-pas-adresser-la-parole au statut de grand frère d’une famille décidément bien nombreuse. Comme souvent, les plus jeunes ont priorité sur la marchandise et me tirent à l’étage. Dans l’aile principale s’étalent trois chambres de filles – majoritaires, et une chambre de garçons tandis que M. Rân et la Maman occupent l’aile secondaire. Chacun des enfants fait son show pour attirer mon attention et je suis vite tiraillé par les sollicitations. Je décide de me lancer dans la conversation dans un vietnamien cuit au feu de bois qui ne tarde guère à laisser les gamins dubitatifs quant à mes compétences linguistiques … Sous l’avalanche de têtes brunes à se faire pâmer un pédiatre, je décide de les emmener à la plage avec le consentement du Papa de la maison. Nous avons la chance de nous trouver à seulement 1 km de la baie de Đà Nẵng et par cette chaleur, la baignade constitue une vraie bénédiction. Les trois premières brasses constitueront mon seul moment de tranquillité de la journée. A peine les ai-je enchaînées que je m’improvise en Arturo Brachetti national pour le plus grand bonheur des enfants : plongeoir, bouée, dauphin, rampe de lancement … avant de finir naturellement en épave sous-marine après une heure d’efforts continus. Secrètement c’est vrai, j’aspire être un homme-objet juste l’espace d’un moment mais je l’avoue, pas dans ces circonstances …
A l’issue de cette journée émotionnellement épuisante, je pense avoir gagné la sympathie de ces joyeux lurons, si attachants que j’en oublierais presque mes courbatures. Avec l’aide d’une ou deux timbales d’alcool de riz, elles ne seront plus qu’un mauvais souvenir !
POT POURRI des jours suivants : je me souviens …
… de ce grand amateur de « chè » devant l'éternel, courir sus à la marchande, laquelle à peine arrivée dans la cour, ouvrant des yeux incrédules autant que terrifiés sur cette charge formidable
hésite entre … bon sang qu’elle est longue cette phrase, je la finirai plus tard
… de cette salle à manger, cette ruche où s’affaire une trentaine d’enfants à l’heure de déjeuner. Les uns sortent tables et chaises, les autres finissent en cuisine, les uns disposent les
couverts, les autres amènent les plats … toute la famille participe à ce ballet dont les représentations débutent quotidiennement à 11h et 17h précises
… de la distribution des jouets collectés par Julien au sein de l’UJVF où j’ai eu la chance d’endosser la barbe du Père Noël. Papy Rân n’a pu résister à la tentation de s’essayer gaiement aux
maracas tandis que le concours de puzzles a eu l’étonnante faculté de décupler le volume des vociférations
… de ce moment privilégié que j’ai pu partager avec ces enfants, de ce rituel collectif vécu dans leur intimité : la sieste. Après une bien mauvaise nuit ponctuée d'éclats de
voix, de chasses d'eau aux sonorités de cataractes et de raclements de gorge à retourner l'estomac, j’ai savouré cet après-midi là. Ils dorment inanimés, presque tous à terre sur le carrelage
frais alors que la chaleur bat son plein
… de cette mobylette à l’agonie, surchargée de mioches, faisant des aller-retours incessants pour notre dernière sortie à la plage. Des parrains français au grand cœur sont là et je sers
volontiers d’interprète malgré mon vietnamien claudiquant.
… de la petite Nhung bronzée comme une inca, de la farouche Hà tellement douée dans la surenchère de décibels, des étranges manipulations opérées par Dương sur mes tétons, du pilotage douteux de
Papy Rân qu’on dirait avoir trop tiré sur une vieille pipe farcie d’opium, de la soirée d’anniversaire de Yến qui vire à une fête de départ émouvante …
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| Amortissons le prix de la course | 35 bouches à nourrir, qui pour la vaisselle ? |